— Bonjour, excusez-moi de vous déranger, j'aimerai vous poser une question.
— Bonjour. Allez-y !
— Pourquoi portez-vous le voile ? ... Sans vouloir vous offenser bien sûr.
— Ne vous en faites pas, cette question est si j'ose dire légitime aujourd'hui. L'Islam est présenté comme un alien, une chose qui vient semer le désordre et qui n'a pas sa place en France. Du coup, l'Islam suscite la curiosité et la haine. C'est pour cela que votre question est légitime.
— Ah...
— Mais ce n'est pas normal. Aujourd'hui, votre question ne devrait plus être posée. Elle traduit une réalité grave : l'Islam et les musulmans ne sont pas intégrés en France, alors que des immigrés musulmans sont présents dans ce pays depuis des décennies.
— ... C'est vrai.
— Ça signifie que les valeurs de la France, à savoir "liberté, égalité, fraternité" ne sont concrètes que partiellement, ou plutôt : elles ne s'appliquent qu'à une partie des Français. Dans notre société et bien que les politiques s'obstinent à dire le contraire, les musulmans (et les immigrés) ne sont pas égaux aux autres individus, ils sont discriminés et cela est en partie la faute des médias.
Par exemple, à un emploi se présentent deux candidats : un blanc et un mâte de peau. Ils ont les mêmes compétences et les mêmes types d'expérience : tous deux répondent aux critères de l'emploi. Pourtant, ça sera le blanc qui sera choisi.
Tout aussi grave, il n'y a pas de réelle liberté de religion et de pratique religieuse : de plus en plus, l'expression des convictions religieuses est proscrite et en particulier à l'égard de l'Islam, au sein de l'entreprise, des écoles et dans l'espace public.
— Hm.
— La France se vante d'être le pays des Droits de l'Homme, mais n'effectue pas sa mission : la France n'est pas le pays de la liberté, de l'égalité et de la fraternité, puisqu'en encore une partie du peuple est méprisé et discriminé.
Et la France a montré son absence de détermination pour combattre ce problème, voire sa volonté de l'aggraver, en 2006 lors de la promulgation et de la mise en pratique de la loi contre les signes religieux dans les écoles.
— Mais c'est parce que la France est un pays laïc.
— La laïcité, je n'ai rien contre cela. Si elle permet le respect des différentes croyances et pratiques tant qu'elles ne nuisent pas à autrui, et si cette laïcité n'empêche pas la liberté de pratique religieuse. Mais cette limite est très mal définie en France, du coup il est possible pour les politiques et le gouvernement de jouer sur l'ambiguïté et d'émettre des lois sans avoir réellement à se justifier, puisque la laïcité n'est pas clairement définie.
— Si, la laïcité est à l'origine la séparation de l'Etat de l'Eglise.
— Exactement, c'est cela à l'origine. Mais aujourd'hui, cette définition tient-elle toujours ?
En France, il n'est plus question de laïcité, mais de laïcisme. Est-ce que vous savez ce qu'est le laïcisme ?
— Non...
— Le laïcisme, c'est lorsque l'Etat souhaite réduire la religion et la pratique religieuse à la seule sphère privée.
— Rien d'anormal, c'est un peu le but du gouvernement : créer une neutralité...
— L'Etat se doit d'adopter une position neutre et dénuée d'influence religieuse. Mais le peuple est en droit d'être libre de pratiquer la religion qu'il veut tant qu'elle ne nuit pas à autrui. C'est pour cela qu'en France, il n'est plus question de laïcité, mais de laïcisme et ça, c'est grave. Ça implique la promulgation de lois au nom d'une laïcité qui n'en est plus une !
En quoi porter le voile dans une école nuit-il à quelqu'un ou à l'enseignement scolaire ? Au contraire, la liberté de porter les signes religieux référents à nos croyances promut la mixité sociale, donc l'ouverture d'esprit et favorise le combat contre le racisme et la discrimination.
Pour en revenir à votre question, je n'y répondrais pas.
— Pourquoi s'il vous plaît ?
— Ce n'est pas contre vous, mais je n'ai pas à justifier mon habillement. Iriez-vous demander à un prêtre pourquoi s'habille-t-il de sa tenue religieuse ? Non. Iriez-vous demander à un juif pourquoi porte-t-il une kippa ? Non.
Alors je ne vous répondrai pas. J'ai mes raisons, des raisons réfléchies et mâtures, mais la France se prétendant être le pays de la liberté et de l'égalité, alors je vais faire comme si j'étais libre de pratiquer et non-discriminée pour mon voile.
