« J’aimerai revenir avec vous sur l’interdiction du port du voile intégral dans l’espace public en France.
Cette loi date de 2010, après plusieurs débats à la fois dans la sphère gouvernementale mais aussi dans la sphère citoyenne.
De nombreuses femmes concernées par la loi proclamaient leur libre choix et leur libre décision derrière cet habillement, mais la loi contre est tout de même passée et est en application depuis.
Je n’ai rien contre cette loi, au contraire, je la soutiens pour deux grands points : tout d’abord, le niqab (NB : voile qui couvre tout le visage sauf les yeux) peut troubler l’ordre public. Sous ce voile, n’importe qui peut se trouver, d’abord des femmes musulmanes mais aussi des personnes mal intentionnées et c’est un fait, peut-être peu courant mais réel. Le niqab empêche la reconnaissance immédiate des individus et cela peut représenter un danger.
Deuxième point, le niqab n’a rien avoir avec l’Islam. Une partie, minoritaire, de la population musulmane est contre cette idée, mais en prenant le Coran comme pilier de l’Islam, nous en sommes mesure d’affirmer que cet habillement est hors de l’Islam, en tout cas n’y trouve pas sa source directe. La loi a permis de réduire la visibilité des femmes qui portent le niqab et qui donc portent à confusion sur l’habillement des femmes en Islam. Le niqab, ça fait étranger, ça fait marginal, ça fait extrémiste. Et beaucoup de personnes n’ont pas hésité à confondre, volontairement ou non, le niqab avec l’Islam, comme on peut le voir sur des affiches de campagne d’extrême droite de 2015. La loi contre le niqab n’aidera peut-être à défaire les amalgames qui ont été faits autour de l’Islam et de la femme musulmane, mais évitera au moins d’aggraver les choses.
Maintenant, cela n’étant pas le but de mon propos, j’aimerai attirer votre attention sur le hijab (NB : voile « normal » que portent les femmes musulmanes). Ce voile laisse le visage parfaitement visible et on peut alors penser que la loi n’interviendra jamais à son sujet. Seulement, la loi contre le niqab il y a cinq ans a, je pense, ouvert des portes.
Tout d’abord, la polémique qu’il y a eu autour du niqab a imprégné les esprits et a marqué au fer rouge dans certains esprits l’image d’une femme musulmane qui doit cacher son visage, qui est soumise et forcée. On pouvait ressentir de la pitié ou de la haine pour elles, au choix.
Cette idée présente de façon plus ou moins importante au sein de la population française, l’Etat peut facilement l'utiliser à son avantage et ainsi se placer en sauver. Se prétendre animer des volontés les plus dignes, soit la volonté de libérer la femme du joug de son mari, de son père ou de son frère ; offrir à la femme le choix de s’habiller comme elle le souhaite ; permettre à la femme de disposer d’elle-même librement, de posséder entièrement son corps et de se déplacer sans autorisation préalable ; permettre à la femme de s’émanciper de son éternel rôle de femme au foyer. Au nom de toutes ces valeurs si essentielles à la République, voilà que l’Etat proclame diverses lois contre le hijab d’abord dans l’espace public, puis dans le milieu professionnel. Voilà que l’Etat obstrue davantage les libertés déjà bien pauvres des femmes musulmanes, mais plus grave encore : voilà que l’Etat exprime publiquement un jugement sur l’habillement et les croyances d’une partie du peuple français, comme il l'a implicitement fait il y a quelques années.
Alors voilà que l’Etat n’est plus si laïque. »